Face au vent : une exposition photo qui interroge notre rapport au climat aux Photomobiles

Du 5 mai au 5 septembre 2026, le Musée Quesnel-Morinière accueille la 9e édition des Photomobiles avec une exposition au titre évocateur : Aux quatre-vents. À travers les regards croisés de Paul Baudon et d’Hervé Dez, cette proposition artistique explore une question brûlante : comment le changement climatique transforme-t-il nos paysages… et nos vies ?

D’un côté, Le signal silencieux de Paul Baudon nous emmène à Soulac-sur-Mer, devant un immeuble devenu symbole. Construit dans les années 60 à bonne distance de l’océan, il se retrouve aujourd’hui attaqué par l’érosion et les affres du temps. Derrière cette image choc, ce sont surtout des trajectoires humaines qui émergent : celles de personnes contraintes d’abandonner un lieu censé incarner toute une vie.

Ce bâtiment représente aussi « la fin de cette idée des années 60, que l’Homme et son économie de marché étaient une machine à rêves inépuisable ». Pour Paul Boudon, il est aussi la preuve que « l’Homme comprend aujourd’hui qu’il ne pourra jamais dominer la Nature, et que peu de ses sujets et de ses représentants [ceux de l’Homme] ne veulent en assumer la responsabilité ». 

De l’autre, The drowning archives d’Hervé Dez adopte une approche plus introspective. À travers archives, paysages et traces fragiles, il questionne notre mémoire collective face à un monde en mutation. Que reste-t-il quand les territoires changent ? Que deviennent nos souvenirs, nos photos, nos repères ?

« Nous avons tous fait l’expérience de l’instabilité des traces. Des pas sur l’estran effacés par la mer et le vent, une photographie jaunie, un crash de disque dur, des souvenirs de paysages en perpétuel mouvement. Les archives nous rassurent par leur sentiment d’éternité mais elles sont sensibles aux dégradations, aux pertes, aux absences, et aux changements de paradigme. Les archives sont un processus et une appropriation », explique les Photomobiles dans leur communiqué. 

Et de conclure : « les paysages, perçus par les humains, n’existent qu’à travers leurs regards et leurs représentations. Ils sont présents dans nos albums et dans nos mémoires : images persistantes, point de vue, cadre ».

Photographier l’instabilité

L’exposition repose sur une idée forte : rien n’est fixe. Ni les paysages, ni les souvenirs, ni même les images censées les figer. Entre disparition des côtes, archives qui se dégradent et temporalités qui s’accélèrent, Aux quatre-vents propose une expérience sensible du dérèglement climatique. Ici, la photographie ne documente pas seulement : elle interroge, dérange parfois, et pousse à réfléchir à notre place dans ces transformations.

Porté par l’association Tulipe Mobile, le projet s’inscrit aussi dans une volonté claire : rendre la création contemporaine accessible. Les Photomobiles, organisés chaque année dans le territoire coutançais, invitent habitants et visiteurs à rencontrer les artistes et à s’approprier les enjeux abordés.

Au programme : ateliers photo, conférences sur les mutations du littoral, et même une caravane transformée en laboratoire argentique. Une manière concrète de créer du lien entre art, territoire et public.

Pour en savoir plus : https://www.tulipe-mobile.org/post/les-photomobiles-09

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