La seconde édition du festival Mondes en commun est de retour au musée départemental Albert-Kahn du 17 mai au 7 septembre 2025. Dédié à la photographie contemporaine, « des costumes traditionnels bretons aux habitants des villes d’Amazonie, des vues du Soudan aux portraits d’épouvantails britanniques ou de vaches européennes », cet événement se veut un inventaire de notre monde.
Avec cette seconde édition du festival Mondes en commun, le musée départemental Albert-Kahn met aussi bien à l’honneur des photographes contemporains que des œuvres historiques tirées de sa collection. L’objectif : continuer l’œuvre du banquier Albert-Kahn et sa volonté de créer « un vaste inventaire photographique de la surface du globe occupée et aménagée par l’homme, telle qu’elle se présente au début du XXe siècle ».
En adéquation avec la thématique du festival – l’inventaire visuel du monde – le musée propose de nombreuses œuvres autour du vivant, faune, flore, biodiversité́, etc dans un festival photographique estival. Du micro au macro, du proche au lointain, c’est la diversité du monde dans son ensemble qui est mise en avant ; la géographie humaine, la diversité culturelle et celle du vivant, les traditions populaires ou le patrimoine naturel et architectural sont aussi à l’honneur. Et, à l’occasion de la saison Croisée Brésil-France, l’éternel pays d’avenir voit deux de ses photographes représentés.

All ladies : Cows In Europe
Voilà un projet artistique des plus intrigants : Ursula Böhmer, photographe allemande, parcourt le continent européen à la rencontre des dames des champs : les vaches d’Europe. Avec « douceur et tendresse », elle capture ainsi plus de 80 espèces de bovins, certaines sont aujourd’hui menacées.
Du Limousin à la Grèce, elle immortalise, en noir et blanc, ces bêtes que nous ne voyons, bien souvent, plus. Le choix des couleurs (ou de son « absence ») et la composition simple des photographies leur donnent un aspect épuré, presque intemporel. L’artiste nous recentre avec un cadre simple, sans éléments inutiles. Un style qui n’est pas sans rappeler les œuvres des photographes documentaires traditionnels qui cherchent à capturer l’essence de leurs sujets avec honnêteté et simplicité.

The Garden
Psychothérapeute et photographe, l’artiste britannique Siân Davey réalise cette série collaborative avec ses voisins et visiteurs : après les confinements et la période de la Covid-19, elle construit avec son fils un havre de paix. C’est là qu’elle réalise les photographies de cette série nommée The Garden.
Entre lumière naturelle et couleurs vives, entre fleurs et plantes grasses, Siân Davey capture une atmosphère de sérénité et de connexion avec la nature, reflétant le concept de ce havre de paix qu’ils ont construit. Elle intègre les sujets humains avec harmonie dans un environnement luxuriant, où les poses détendues et contemplatives des personnes photographiées évoquent un sentiment de calme. Les compositions, à la fois intimes et ouvertes, invitent le spectateur à ressentir la tranquillité et la beauté des moments partagés, mettant l’accent sur les thèmes de la famille, de la communauté et de la guérison, tout en offrant une vision personnelle et universelle de l’expérience humaine.


Soudan
Né en 1963, Claude Iverné explore le Soudan depuis bientôt 30 ans : sa démarche ne peut d’ailleurs se voir que comme un inventaire du pays, de ses cultures et des peuples qui y vivent. Entre manifeste et poésie, il s’attache à décrire « en images cette région du monde peu connue avec un protocole et une exhaustivité fascinante (architectures, paysages, patrimoine, villes modernes, portraits de Soudanais, camps de réfugiés, etc.) ».
Généralement en noir et blanc, à l’inverse de cette image d’un rassemblement sous un ciel nuageux, Claude Iverné réalise un inventaire du pays entre constructions architecturales, portraits et paysages. Des territoires désertiques aux rives de fleuves, l’artiste sublime cette région du monde par le contraste et les cadrages.

Gwiskañ / Revêtir
Avec son projet Gwiskañ / Revêtir, Aurélie Scouarnec propose un inventaire photographique breton des costumes traditionnels généralement utilisés lors des championnats de danse celtique ou de festivités à travers la Bretagne. Une façon pour l’artiste française de donner à voir « des parcelles d’intimité, de gestes et de matières, des parcours de vies de communautés », de « suspendre le temps afin de nous faire entrer dans ces univers ».
Ses photographies se distinguent par leur approche poétique et contemplative, où elle explore les thèmes de l’identité, de la mémoire et de la transformation, souvent à travers des portraits qui semblent chargés de symbolisme. Dans Gwiskañ / Revêtir, l’artiste semble s’intéresser particulièrement aux vêtements et aux textiles comme marqueurs culturels et personnels. Ses compositions minimalistes, mettant en valeur les textures et les détails des tissus, ainsi que les expressions et les postures des sujets.

Aurélie Scouarnec, Gwiskañ, Landivisiau, Danserien Lann Tivizio, Meliaj, Saint-Brieuc, 2023

Incompiuto
Incompiuto : nom donné à ces bâtiments non achevés qui parsèment le paysage italien. Le pays en compte plus de 1000. Roberto Giangrande dresse ici l’inventaire « brutaliste » de ces constructions incomplètes (généralement pour des raisons économiques, politiques ou de corruption), proposant en même temps « des images non spectaculaires qui proposent une contemplation et une réflexion sur la trace de l’homme dans le paysage ».
La photographie de Roberto Giangrande présente un style artistique distinct, marqué par une approche minimaliste et une esthétique presque picturale. Avec ses images, il capture des paysages urbains et naturels avec une grande attention aux détails et aux textures et des compositions épurées et équilibrées. Avec une esthétique rappelant les photographies d’urbex, tel un Jonk ou un Christian Bruneau, l’artiste italien questionne l’installation de l’Homme dans son environnement et ce qu’il laisse derrière lui lorsqu’il (re)part.

« Le festival propose 10 accrochages photographiques d’une dizaine de tirages chacun qui se déploient sur l’ensemble du site, principalement en extérieur. Différents lieux, formats et accrochages, pensés sur mesure pour chaque série, permettent d’interpréter ces images par des regroupements ou des confrontations et de les faire dialoguer avec le jardin ». Une exposition à retrouver au musée départemental Albert-Kahn jusqu’au 7 septembre 2025.