À travers 53 expositions, les Photaumnales 2025 explorent la notion d’« habiter » sous toutes ses formes : refuge, identité, héritage, ou utopie. De la cathédrale de Beauvais aux favelas brésiliennes, en passant par les paysages en mutation de la Picardie, les artistes invités interrogent notre rapport à l’espace, au temps, et à l’autre.

La résidence de création de Victorine Alisse s’est réalisée en 2024 dans le cadre du contrat culture ruralité dans l’Oise Picarde. L’exposition sera présentée dans 3 fermes : à Esquennoy, Rouvroy-les-Merles et Reuil-sur-Brêche
Pour cette 22ᵉ édition des Photaumnales, les artistes invités s’intéressent à l’habitat, à ce qui fait « maison » : un lieu physique, mais aussi un « territoire symbolique, parfois mystique, un ancrage affectif et identitaire ». Le festival explore la complexité de l’habitat, entre héritages familiaux, identités mouvantes et conditions sociales. « De l’intime au collectif, de la ruine au foyer, les images présentées résonnent en nous comme avec nos racines, nos appartenances et notre manière d’habiter le monde — ou de nous laisser habiter par lui », précise le communiqué de presse.
« Habiter, c’est bien plus que résider ou demeurer : c’est investir un espace de sens, de mémoire et de lien », explique Nathalie Dran dans le dossier rédigé à l’occasion de l’événement. Cette édition des Photaumnales questionne ainsi notre façon de construire, de transmettre et d’habiter le monde, envisageant – et invitant à envisager comme tel – la maison « non seulement comme refuge ou symbole familial, mais aussi comme projection de soi, révélatrice de notre rapport au territoire, à l’histoire et à l’autre ».
Cette thématique s’inscrit dans un cadre historique : celui des 800 ans du début de la construction de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, dont les travaux ont duré 344 ans. Martin Chambiges, architecte du XVIᵉ siècle, y a contribué, mais la cathédrale reste inachevée. En parfaite adéquation avec cette thématique, le festival s’étend sur les territoires de l’Oise picarde, la Picardie verte, le Pays de Bray, la Plaine d’Estrées, le Pays du Coquelicot, la Champagne picarde et le pays de Thiérache, avec plus de 25 expositions. L’une des expositions est même à découvrir jusqu’au Québec, dans la région de la Gaspésie.
L’habitat ne se limite pas au seul territoire français avec une labellisation dans le cadre de la Saison France-Brésil par l’Institut français, laissant ainsi de la place à la photographie brésilienne. « En résonance, le festival prend le large en 2025 grâce au projet : Photaumnales Brasil, avec cinq artistes français qui sont exposés dans la région du Minas Gerais, en partenariat avec le festival Foto em Pauta à Tiradentes, dirigé par Eugênio Sávio », est-il précisé dans le communiqué de presse.


Un festival qui s’inscrit dans la durée
Inauguré en septembre 2025, le festival se poursuit jusqu’au 31 décembre, clôturant l’année en beauté. Riche en événements divers, éparpillés aussi bien dans l’espace que dans le temps, avec une rencontre avec François HÉBEL, ancien directeur des Rencontres d’Arles et de l’Agence Magnum prévue le jeudi 11 décembre ou encore avec une visite guidée de l’exposition à la Maison de la Culture d’Amiens, le festival raconte la ville – entre autre chose – tel un roman d’Alexey Titarenko.
L’événement est l’occasion d’expositions dédiées à la photographie, et en nombre : la galerie associative expose ainsi le travail de Gil Lefauconnier et son Saint-Pierre Circus (série d’ateliers réalisés par six groupes de Beauvaisiennes et de Beauvaisiens) ; les Trente-six vues de Notre-Dame de Paris de Thomas Van Houtryve sont à voir autour de la cathédrale ; l’œuvre d’Andrea Botto, KA-BOOM The Explosion of Landscape et celle de Nathyfa Michel, Dans ma chair, un pays, sont visibles au parc de la gare ; le giratoire des Maréchaux est lui investi par Andes donde Andes et Neo-Andina, réalisés, respectivement, par Daniel Mebarek et Tatewaki Nio.
C’est ainsi une vingtaine d’expositions qui s’installent – habitent – autour de la cathédrale, dans le parc de la gare ou le giratoire des Maréchaux, mais aussi autour, à Haudivillers, Laversines, Saint-Paul, Herchies, La Neuville-en-Hez, Frocourt, Goincourt, Berneuil-en-Bray, Bailleul-sur-Thérain et jusqu’à Montreuil-sur-Brêche.

Une édition aux couleurs du Brésil
En partenariat avec le Brésil, ce dernier est représenté en France par une dizaine d’expositions entre Beauvais, Clermont ou encore Amiens. De l’autre côté de l’Atlantique, le Brésil – « l’éternel pays d’avenir », comme l’appelait Georges Clemenceau – accueille expositions et résidences d’artistes.
Dans ce cadre, les Photaumnales s’associent au festival Foto em Pauta (Tiradentes, Brésil) pour présenter une exposition collective. Cinq photographes originaires du Minas Gerais y explorent les liens entre humain, territoire et environnement. La région y est décrite comme un « État emblématique du Brésil, aussi bien sur le plan historique, qu’économique et culturel », avec une « riche tradition visuelle et artistique ». Dans le même temps se déploie le Festival Em Pauta à Tiradentes, l’un des rendez-vous majeurs de la photographie en Amérique latine.
Y sont exposés les regards croisés de Bárbara Lissa, Maria Vaz, João Castilha, Pedro David et Eustáquio Neves. Leurs œuvres, à la fois documentaires et poétiques, interrogent la mémoire collective, l’histoire, le paysage et les urgences écologiques. Pas question d’habiter chez soi uniquement. « Leurs œuvres — issues de démarches documentaires, expérimentales ou poétiques — interrogent la mémoire collective, l’histoire, le paysage, la nature et les urgences écologiques contemporaines », précisent les Photaumnales.

Cette résidence a été mise en place dans le cadre du dispositif La photo bat la campagne, en collaboration avec la Communauté de communes Plaine d’Estrées.
